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🇫🇷BREST

Chemin de la Résistance et des Maquis
Mis en ligne sur le site le 14 février 2026

📍Résumé des évènements :

Pendant la Seconde Guerre mondiale, BREST et LORIENT sont des sites stratégiques pour les allemands. La raison est le port en eau profonde. Occupée par l’Allemagne dès juin 1940, la ville de BREST devient une base essentielle de sous-marins (U-Boote) pour la Kriegsmarine, jouant un rôle clé dans la bataille de l’Atlantique.

Pour protéger cette base, les Allemands construisent une immense base de sous-marins en béton, quasiment indestructible. En conséquence, Brest subit de bombardements alliés massifs entre 1941 et 1944, qui détruisent l’essentiel de la ville.

À l’été 1944, Brest est assiégée puis libérée par les résistants et les forces américaines après de violents combats. Les Allemands sabotent le port avant de se rendre, laissant une ville dévastée à plus de 80 %.

Après la guerre, Brest est presque entièrement reconstruite, ce qui explique son architecture moderne actuelle.

📍Date de la Commémoration : le 19 septembre 1944

📍Vestiges et/ou lieu de Mémoire de la Seconde Guerre Mondiale : A venir

📍Randonnée : : A venir



BATAILLON «GILOUX»

(Rapport du Capitaine «CALLAC», Albert Yvinec)

📍ORIGINE :
Un groupe brestois a pris le nom de GILOUX fusillé le 17-9-1943 au Mont-Valérien.

📍ACTIONS :
Dès 1943 : il réussit trois déraillements à la Forest-Landerneau, des sabotages à l'arsenal (dont celui d'un tour monumental pour usinages spéciaux) et réalise trois attentats le 11 novembre 1943 à Brest (Brasserie de la Marine - Gasthaus St-Martin - et rue Pasteur). Il récupère des valises de tickets et cartes d'alimentation, et des pistolets.
Il se replie sur Pont-de-Buis, puis Trédudon-le-Moine («1er village résistant») sous la responsabilité de Marcel BOUCHER.
Le 4-2-1944 : le groupe est décimé.
Le 17-2-1944 : les rescapés font dérailler un train allemand entre Dirinon et Landerneau.
Il se replie sur Trédudon, puis Plouyé à cause des rafles.
Un nouveau maquis s'établit à Plonévez-du-Faou.
Les actions se multiplient : récupération d'armes et de matériel, missions de renseignements, déraillements (sur la ligne Carhaix-Morlaix), attaques d'Allemands et de policiers de Vichy entre Callac et Guingamp.
Le groupe se déplace pour échapper aux recherches et se scinde : une partie forme l'«Etoile Rouge», devenue le noyau de la Compagnie F.T. «Corse» du Bataillon «Georges Le Gall» et livrera combat à Pont-Triffin, sur la route Châteauneuf-du-Faou-Carhaix.
L'autre partie part pour Scrignac, puis Callac, à travers le bois de Fréau.
La «Milice PERROT» est active : les Frères COANT, Baptiste CISSOU en sont victimes.
Le 4 juin 1944 : c'est le retour dans le Finistère.
Le 7 juin : le groupe barre les routes au moyen d'arbres abattus.
Le 8 : il attaque, en plein jour, un dépôt allemand à Bolazec.
Juillet est le mois des parachutages :
Le 14, à St-Maudez («3 framboises sur une assiette». Lettre «R») permet d'armer la Compagnie «LE FUR» et un groupe de Guerlesquin.
Le 21 : un second parachutage, non loin de St-Maudez ; équipe la 2º Compagnie.
Le 25 : un 3º à Guerlesquin (responsable G. ALIX, dit «L'ECLAIREUR», adjoint d’YVINEC).
Une mission parachutée est accueillie : Capitaine MARCHANT - Lieutenant U.S. PHILIPP - Sous-Lieutenant PARIZEL).
Un 4 parachutage, massif celui-là, est réussi grâce à l'aide décisive des paysans : il fallut 25 charrettes (on en avait prévu 4 !) pour réceptionner et transporter 75 containers.
Puis c'est l'accueil d'une colonne U.S. guidée par YVINEC jusqu'au Cloître-St-Thégonnec.
Le 3 août : on livre combat au Ponthou (mission : interdire le passage aux ennemis, protéger le viaduc).
Le 4 : on se bat pendant 2 heures; l'encerclement est évité de justesse.
Le 5-8 : parachutage; action de harcèlement.
Le 7-8 : libération de Guerlesquin.
Le 8-8 : libération de Morlaix :
«Callac» (Yvinec) est nommé commandant d'armes chargé d'assurer l'ordre et la sécurité dans la ville.
Le 20-8 : le
Bataillon «Giloux tient le front de Plougastel-Daoulas.
Puis bon nombre de ses combattants serviront sur le front de Lorient.
A ses 4 compagnies furent donnés les noms de Résistants tués par l'ennemi ou fusillés :
LE FUR, AUNIS GAC - LEVER (ce dernier tué à Châteauneuf-du-Faou en juillet 1944).

Signé : YVINEC «Callac»

BATAILLE DE BREST
Région de Morlaix

DEBUT AOUT :

Combats :

  • du Ponthou : les forces de la Résistance bloquent les Allemands et préservent le viaduc ;
  • à Plougasnou • à Lanmeur - à Garlan - à Plouigneau - à Plouénan.
  • Protection des viaducs de Guimiliau et de Morlaix.
  • Les tragédies de Saint-Pol-de-Léon, de Cléder, Plouescat, de la Roche-Maurice, de Lesneven, Plounévez-Lochrist, Tréflez, Guissény, Plouvien, Gouesnou-Penguérec, jalonnent les itinéraires suivis par les forces allemandes se dirigeant vers Brest.

ASPECTS DE LA RESISTANCE
A BREST ET DANS SA REGION


Le 16 juin 1940, à Brest, Jean LE NEDELLEC, Pierre CORRE et Jules LESVEN, du P.C. clandestin, récupèrent avec l'accord des Anglais en partance, des armes et des munitions qui furent entreposées dans une cabane au fond du jardin de LE NEDELLEC.
Robert BALLANGER et Venise GOSNAT mettent en place les triangles de l'O.S. («Organisation Spéciale», ossature futurs F.T.P.), sous la direction d'Eugène KERBAUL, CHAIGNEAU et Jeanne GOASGUEN-CARIOU.
Une organisation fonctionne chez les cheminots avec TEUROC, CHAIGNEAU et François TOURNEVACHE; une autre à l'arsenal avec M. LE GOFF, une autre encore avec MONOT.
En dépit des arrestations couvrant tout le département, de Brest à Quimper, du Pays bigouden à Landerneau ou Morlaix, les actions de Résistance se multiplient, desquelles les femmes ne sont pas absentes : inscriptions, sabotage de matériel (machines; accus de sous-marins : par Charles CADIOU...), distribution de brochures et de tracts; destruction de pylônes, de fils téléphoniques; attaques contre des militaires allemands et des locaux occupés par l’ennemi.
On assiste aussi aux prémisses de «la Bataille du Rail» dans notre région.
Les premiers sabotages sont effectués dès février 1941 : on intervertit les étiquettes, on «truque» les documents du trafic, on lance les convois vers de fausses directions, provoquant ainsi la perturbation du trafic et l'engorgement des voies (des wagons en souffrance encombrent Le Relecq-Kerhuon, Le Rody, Landerneau, le Port de Commerce…
Les cheminots appelés d'autres régions en renfort pour rétablir le trafic se montrent solidaires de leurs camarades brestois.
On en viendra aux sabotages par explosifs.
La répression a été dure : HUROC a été fusillé en 1942, MONOT déporté…



INTERNES ET DEPORTES

La Résistance a perdu beaucoup des siens — hommes et femmes - pendant les années de l'occupation et pendant les semaines qui furent marquées par les combats de la libération : tués au combat (286), torturés, fusillés, abattus, disparus, abominablement massacrés (926) : à Poulguen en Penmarc'h, à Mousterlin-Fouesnant, à Kerfany-Moëlan, à la Torche-Plomeur, dans tout le Finistère.
D'autres Résistants ont été internés pendant des mois ou des années de souffrance, d'angoisse et de privations, et ont connu :

  • soit les prisons : de Quimper (Mesgloaguen ou Saint-Charles), de Morlaix (Créach-Joly), ou de Brest (Le Bouguen Pontaniou et même les tours du Château) ;
  • soit les prisons : de Guingamp, de Rennes, de Fresnes, d'Angers, via Compiègne, et la déportation en Allemagne; de l'Ile de Ré;
  • soit les camps : de Pithiviers, de Voves (Eure-et-Loir), et de Choisel-Châteaubriant (pour la plupart des Communistes ou des leaders syndicalistes).
Certains ont connus divers lieux de détention. (Ainsi, François TOURNEVACHE, responsable cheminot à Brest : arrêté le 14-6-1941, détenu successivement au Bouguen jusqu'au 5 juillet 1941, à Guingamp jusqu'au 18 août, à Quimper du 18 au 21 août, puis à Châteaubriant du 21 août 1941 au 7 mai 1942, à Voves et Pithiviers, et enfin à la citadelle de St-Martin de Ré jusqu'au 14-12-1944).
C'est parmi eux que furent souvent choisis les otages destinés à mourir devant les pelotons d'exécution (rappelons - faute de pouvoir les recenser et citer tous — les noms de Pierre GUEGUIN, Maire de Concarneau et de l'instituteur syndicaliste de Trégunc, Marc BOURHIS, tous deux du groupe des 27 fusillés le 22 octobre 1941, près de Châteaubriant; celui du Docteur JACQ du Huelgoat exécuté le 15 décembre 1941 dans la forêt de Juigné; évoquons les martyrs brestois de 1941 du Groupe «Elie», dont les rescapés se regroupèrent autour d’Alice COUDOL de «Défense de la France», et les 19 fusillés au Mont-Valérien le 17 septembre 1943; ou à Ivry, en 1942, de Morlaix et dans la Sarthe en 1943, et tant d’autres...).

📍
Après le crime de Châteaubriant, l'émotion fut considérable, notamment à l'arsenal de Brest où une grève décidée par le triangle responsable du P.C. fut suivie à 100%, le 25 octobre machines, et aussi 1941, à l'atelier des sur des chantiers du bâtiment. D'autres grèves suivirent, à Brest, mais aussi, s'inspirant de celle de Brest, à Montceau-les-Mines (5000 mineurs en grève pour obtenir de meilleures conditions de vie).
Des internés ont parfois réussi à s'évader de façon à la fois discrète et spectaculaire, lors d'un transfert ou profitant des circonstances comme à Châteaubriant le 19 juin et en novembre 1941; en payant d'audace et de patience, comme à Voves : une dizaine s'évadent déguisés en gendarmes le 10-1-1943 ; ou en creusant pendant des semaines une galerie souterraine : 42 évadés du camp de Voves — dont Louis PERON - le 7 mai 1944.
Ils ont ainsi pu reprendre le combat clandestin sans avoir cessé de résister dans les camps. N.B. - A Choisel, une «Commission d’évasion» avait pour charge de déterminer et d'organiser les départs. (Eugène KERBAUL de Brest; Albert JAOUEN Quimper; Jean COANT de Berrien en étaient membres.)•

📍 «L'exécution des 50 otages de Bretagne a joue un rôle capital dans le rayonnement et l'épanouissement de la Résistance en France.» (Hervé BOTERF «La Bretagne dans la Guerre», tomes 1 et 2, Editions France-Empire, p. 480 - Citant aussi l'historien anglais R.T. FOOT : «"S.O.E. in France": On peut faire partir d'octobre 1941 le début d'une authentique Résistance gagnant la Nation tout entière»).
Les internés ont pris part à leur propre libération : ainsi 400 d'entre eux se sont organisés à St-Martin de Ré, dans le cadre du «Front National», prêts à soutenir un débarquement éventuel, et ayant pris contact avec la section de gendarmerie de St-Martin. Présentant pour eux un danger, Allemands ont négocié avec le Commandant des F.F.I. de Rochefort («Poche de La Rochelle») pour évacuer les internés vers les lignes françaises les 2, 7 et 14 décembre 1944.

(Témoignage de François TOURNEVACHE)


📍 «Au total, il y aurait eu 519 internés finistériens (hommes : 418; femmes : 86; enfants : 15) dénombrés détenus pendant au moins 90 jours; sinon, le nombre dépassait milliers.» (G.M. THOMAS, LE GRAND, «Le Finistère dans la Guerre», tome 1 et Plaquette 1978 : A. LE GRAND).
A la libération, la population finistérienne, elle aussi durement touchée (1.615 victimes civiles dont 965 brestoises) et la Résistance meurtrie ne pouvait, en dépit de quelques rumeurs plutôt vagues, imaginer «l'inimaginable» : après «le peuple des charniers» recensés un peu partout, il fallut encore découvrir les rescapés des «Camps de la Mort», ceux de «la DEPORTATION» : quel choc ce fut pour ceux qui avaient à charge et à cœur, en 1945, de les accueillir, de les entendre, ou pour ceux qui n'ont pu que seulement les entrevoir!
Peu d'entre eux ont pu s'évader lors de leur acheminement vers l’Allemagne.

Entre leur arrestation et leur fin, ou leur libération, leur martyre a été décrit ou raconté, mais toute relation parait impuissante à évoquer ce que fut réellement la captivité dans l'UNIVERS CONCENTRATIONNAIRE : la détention, les interrogatoires, les coups, les tortures, le voyage dans les pires conditions fatales aux plus faibles, l'arrivée au camp, les S.S. et leurs chiens, les humiliations, la sélection, les camions asphyxiants et les chambres à gaz, les exécutions sadiques, les fosses communes, les expériences pseudo-médicales, le génocide d'ethnies entières, les fours crématoires, le travail forcé au bénéfice de la machine de guerre allemande et des grandes sociétés, les appels interminables, les privations, l'absence d'hygiène, la promiscuité, la délation encouragée, l'angoisse permanente née de l'incertitude de vivre «l'instant d'après», la mort partout présente, l'exploitation du déporté «vivant ou mort», tout a été mis en œuvre pour briser les volontés et les corps, pour déshumaniser hommes, femmes et enfants. Mais rien n'y a fait : l'emprise nazie n'a pas été totale, car là aussi la Résistance s'est manifestée, grâce à l'idéal et à la ferme décision de survivre par l’entraide.

Hommage à tous ceux qui ont disparu dans cet Enfer ou qui ont survécu !!

📍 Dans le Finistère, 1.090 déportés ont été recensés : hommes : 1.002; femmes : 85; enfants : 3. (Cf. G.M. THOMAS, A. LE GRAND, ouvrage cité.)
A ce nombre s'ajoutent 21 étrangers (Belges, Italiens, Espagnols anti-fascistes).
La Déportation a touché toutes les catégories socio-professionnelles, pour les motifs principaux suivants :

Résistance multiforme : 53% des déportés (y compris ceux de l'O.S. du P.C. clandestin), (47% non rentrés).
Otages, victimes de rafles et de représailles, réfractaires au S.T.O. : 20% (58% non rentrés).
Politiques (Communistes surtout: 10% (44% non rentrés).
Raciaux : Israélites : 1,6% (83% non rentrés).
Divers : 14% (30% non rentrés).
Finistériens prisonniers de guerre ou requis ou travailleurs volontaires ayant été «déportés» pour aide aux évadés des stalags ou oflags, sabotage ou propagande : 1l dénombrés (3 non rentrés).
Mortalité : femmes : 40,74%; hommes : 52,18%. s'y ajoutent les décès après retour : par exemple de 1945 à 1948 : 28 décès, à 40 ans. dont 12 personnes âgées de 30 à 40 ans.
Finistériens arrêtés hors du département (et ensuite voués à la détention, à la déportation ou à la mort) :
Basses-Pyrénées : 14 ; Frontière espagnole : 29 ; Seine : 32; Ille-et-Vilaine : 25 ;
Certains, par l'Espagne, ont pu rejoindre les F.F.I.
Les Déportés finistériens ont été détenus à :


  • -Neuengamme : 13
    -Buchenwald : 213
  • -Siegburg : 43
  • -Ravensbrück : 52 femmes
  • -et aussi : Auschwitz, Bergen-Belsen, Dachau, Mauthausen, Sachsenhausen, Orianenburg.
  • -Des Déportés ont connu plusieurs camps.

549 ne sont pas rentrés.

"Si leur voix faiblit, nous périrons"



BATAILLON «Georges LE BAIL»
(Chef : LAGOGUET)
Compagnie «F.T. Corse»
(Chef : SERGE)

Dimanche 13 août : la Compagnie «F.T. Corse» monte en ligne avec des unités d'autres formations F.F.I. de Landerneau.
Sur le terrain, il est demandé au
Lieutenant « Serge » de prendre le commandement des opérations.


D'après un rapport de 1944.

1. - PERIPHERIE DE BREST
SIEGE ET BATAILLE DE BREST
Secteur de
Ploudalmézeau - Lannilis - Plouguerneau
Saint-Renan - Le Conquet


1) PLOUDALMEZEAU
Dès juin 1940, une aide est accordée aux soldats et marins français désireux d'échapper aux «oflags et aux stalags» (camps de prisonniers de guerre en Allemagne).
Inhumation des corps des aviateurs alliés abattus par la chasse ou la D.C.A. allemandes, et entretien des tombes (ce que fera aussi à Kerlouan le Groupe «Bothuan», près de Brignogan), comme aussi le camouflage dans les landes et genêts, puis l'hébergement, des aviateurs rescapés : «aucun ne fut trahi, aucun ne fut livré», tous ont pu regagner l’Angleterre.
Départs pour les F.F.L. (forces de terre, de mer, ou de l’air).
Organisation de la Résistance intérieure clandestine.
Insurrection de l'été 1944 : 1 200 hommes renforcés par des Russes ayant déserté avec armes et bagages (même de l'artillerie).
Les Résistants libèrent seuls Ploudalmézeau, capturent la garnison de Saint-Pabu (250 hommes), prennent part à la prise du Conquet et à la libération de Brest.

2) LANNILIS :

Contact est pris, des avril 1943, avec Alice COUDOL et le gendarme DERRIEN (chef cantonal «Jean Maurice»).
Septembre 1943 : 505 hommes sont recrutés, organisés en 3 compagnies et 1 section de commandement.
8 novembre 1943 : 15 parachutistes alliés et des civils français traqués sont déposés sur l'ile Guennioc en Landéda et dirigés sur l’Angleterre.
5 décembre 1943 : 19 autres sont mis à l’abri; un courrier important est acheminé.
Du 24 au 26 décembre : 32 hommes sont également sauvés.
Mai 1944 :
«Jean Maurice» prend le maquis à la tête d'un groupe.
2 août : «
Terpsichore ouvre le bal» un parachutage est réussi la nuit suivante à Kériel-Tréglonou. (30 tonnes : de quoi armer 800 hommes).
5 août : rassemblement sans incident à Kériel (à Plouguerneau : les Allemands attaquent les
Résistants à la «Carrière du Cosquer»; le combat se poursuit durant la nuit du 6; à 10 heures : l'ennemi se replie).
6 août : la position allemande de Kerbabu oppose une forte résistance à l'attaque des F.F.I. qui se replient (8 hommes tués au combat ou blesses, achevés par l’ennemi). Engagement contre la casemate du pont de Tréglonou : plusieurs Allemands sont mis hors de combat; 1 F.F.I. est tué.
Fusion avec la
Compagnie de Plouguerneau au Diouris.
8 août : c'est l'arrivée d'une colonne U.S. à Boteden à Kernilis.
11 août : le canton de Lannilis est libéré
Le 15 août : l’unité prend position sur la route Brest-Plouguin-Ploudalmézeau.
Du 16 au31 août : des combats menés par F.F.I. et troupes américaines conduisent à libérer Milizac (28 août) et Saint-Renan (29 août).
3 septembre : prise de Toulbroch (abords Ouest de Brest).
Le 10 septembre : combat du Conquet (en coopération avec la Compagnie de Landéda et une section de Coat-Méal).
Le 15 septembre : l’unité prend position dans le secteur Guilers-Penfeld (sous les ordres du commandant
«Louis» (FAUCHER), Chef de l'Arrondissement de Brest).
Le 18 septembre : Brest est libérée.
Bilan : F.F.I. : 17 morts; 27 blessés - Pertes allemandes : 45 tués; 300 prisonniers.


Rapport d'E. MANACH,
Adjoint au Chef cantonal.


N.B. — «Les F.F.I. ont été seuls ou presque pendant 8 jours, entre le départ du Corps blindé U.S. et la mise en place d'une nouvelle Division américaine.

Ils ont aidé les Américains qui, sans eux, auraient été obligés de commencer l'investissement de Brest de beaucoup plus loin. Notre région... aurait alors été encore plus éprouvée.»

Colonel TRITSCHLER,
Conseiller militaire F.F.I.

Saint-Renan

ORIGINE :
Guillaume BRETON et un groupe d'amis constituent avec le Groupe «50» une filière pour aviateurs et parachutistes alliés.
Juillet 1943 : le
Groupe «Elie» est décimé, le contact avec le Groupe «Jo» est rompu.
Nouveaux contacts : avec un service de renseignements par
HUCHETTE et, février 1944, avec FAUCHER.
Août 1944 : les accrochages sont nombreux avec les Allemands dans tout le secteur de Saint-Renan. Participation à la prise du Conquet.

RESISTANCE ET F.F.I.
DANS LE SECTEUR DE BREST


Rapport du Colonel FAUCHER

En dehors des Réseaux de la France Combattante créés dès la fin 1940, des mouvements de la Résistance Intérieure placés sous les ordres de M. DONNART
(«Poussin»), Chef départemental, et de J. GARION («Somme Py»), chef de l'arrondissement de Brest, sont coordonnes dans l'«Armée Secrète» du Finistère
(FONTERRIER dit «Rossignol»).
Fin 1943 : 2.500 hommes sont recrutés dans l'Arrondissement auxquels s'ajoutent divers groupes de F.T.P. déjà en place issus de l'O.S. («Organisation Spéciale»). Cela en dépit de la densité extrême de l'occupation ennemie dans le secteur.
6 juin 1944 : on peut compter sur 3.000 combattants qui se livrent à des sabotages systématiques.
Juillet 1944 : réception d'une mission «Jetburgh».
Début août : se succèdent des parachutages de matériel dans les groupements côtiers (Lannilis, Ploudalmézeau, Guissény, Plouescat, Lesneven), en dépit d'une très forte D.C.A. dans et autour de Brest, ainsi que des parachutages de S.A.S. (Spécial Air Service Troups), c'est-à-dire d'équipes de combat, d'encadrement et de commandement en liaison radio avec les forces alliées de Normandie.

5 août :
📍L'action est lancée :
-contre les défenses côtières Nord: blockhaus de Toulhouarn et Rumadiou en Tréflez; du pont de Tréglonou, à Kerbabu et Le Cosquer ; à la Garchine à Saint-Pabu.
-Contre les forces allemandes de l’intérieur à Plougastel-Daoulas, Landerneau, Plabennec, Saint-Renan...
Tout ceci s'accompagnant de sabotages et de récupération de toutes sortes de matériels et d’équipements.
Les effectifs atteignent 5.000 hommes.

📍Coopération avec la VI° Division blindée U.S. :
Le 6 août elle est à Lesneven.
Le 7 : Américains et F.F.I. subissent le feu de l'artillerie allemande, notamment celui de la puissante batterie de Kéringar, près du Conquet, dont les coups extrêmes atteignent le carrefour situé à 2 km à l'Est de Kernilis. Le soir, le contact est établi avec l'ennemi sur la ligne Guipavas-Gouesnou-Bourg-Blanc; on attend l'infanterie américaine.

📍Les troupes allemandes du Nord-Finistère se replient vers Brest, harcelées par la Résistance.
Deux colonnes entrent dans «la forteresse», celle du Nord, par Lannilis ; celle du Sud par Plougastel et le pont Albert-Louppe; celle du centre, éprouvée par les F.F.I., bloquée sur l'arrière des forces U.S., pilonnée par l'aviation, est délivrée sur l'axe routier Loc-Bréva
laire-Plouvien-Naret (Est de Bourg-Blanc) : de là, les atrocités de Plouvien le 8.

📍La mission des F.F.I. est de couvrir la VIe D.B. U.S. au moyen de postes fixes et de patrouilles très mobiles et d'embuscades.
Dispositif : de la rive droite de l'Elorn à la Côte Nord (estuaire de l'Aber-Benoît) sur la ligne La Forêt-Guipavas-Gouesnou- Bourg-Blanc-Tariec et rive droite de l'Aber.
A l'arrière : procéder au nettoyage - assurer les services de sécurité routière et la surveillance de la Côte Nord.

📍Les démarches tentées pour obtenir la capitulation de Brest échouent par suite de l'arrivée de la Division de parachutistes du Général RAMCKE, promu Gouverneur de la Place Forte de Brest et ayant pour directive de tenir jusqu'au bout : ordre de Hitler !

📍La population presque entière est évacuée sur des axes déterminés après accord entre Allemands et Américains.
Puis la VI D.B. U.S. repart vers Paris et l'Est de la France, ne laissant que des éléments réduits pour attendre la venue du 8e Corps d’Armée.

📍Combats de maquis dans la zone non encore libérée. Les F.F.I. de Brest Ouest - Saint-Renan - Ploudalmézeau, concentrés à Tréouergat entre le Cosquer et Guipronvel sont renforcés par la désertion (provoquée par Madame DOUILLARD) de 164 Russes dotes d'armes dont 3 canons anti-chars.
Des patrouilles reconnaissance permettent de fixer une nouvelle ligne de défense avancée : Milizac - Lanrivoaré • Brélès - Lanildut.
Au Sud de l'Elorn : la ligne de contact est jalonnée par : Creisquer - Cote 101 - Cote 124 (Ty Néol) (Compagnie de Plougastel-Daoulas).

Station et bourg de Dirinon - Saint-Urbain (Compagnie de Landerneau, couvrant ainsi cette ville).
16 août: c'est l'incursion allemande motorisée vers Brasparts; contre-attaquée à son retour au Tréhou et à Irvillac, elle réussit à rentrer à Loperhet et à Plougastel.
Fin août : le 8e Corps d'Armée U.S. prend position autour de Brest : 29e Division d'Infanterie - 2e : à l'Est de Brest - 8e : au Nord.

📍Réduction de la zone fortifiée de la Pointe St-Mathieu (accord : Général U.S. MIDDLETON, Colonel FAUCHER).

Les Groupes communaux : restent sur place assurant la sécurité.
Les F.F.I. de Landerneau : Commandant GARION «Somme Py», sont tenus en réserve pour les opérations dans la Presqu'ile de Plougastel et de Crozon.
Les F.F.I. de Kerhuon - Guipavas - Plabennec sont placés en couverture des 2e et 8e D.I. U.S.
Toutes les autres unités F.F.I. doivent participer à l'offensive vers la Pointe St-Mathieu, combinée avec le 2e Bataillon Ranger U.S. du Lieutenant-Colonel RUDDERS.
L'offensive générale commence le 25 août, sur les bases de départ et axes suivants :

-F.F.I. : Milizac - Lanildut ;
-2e D.I. : vers Petit-Paris à l'Est ;
-8º D.I. : au Nord vers Lambézellec ;
-29e : vers St-Renan.

📍Du 25 au 29 août : St-Renan - Lampaul-Plouarzel sont vite dépassées.
Des accrochages se produisent à Lesvézennec et Bodonou ; Kervélédan (28 août) ; Trézien (le 27) ; Pointe ce Corsen (29-8) avec l'appui des chars de l'artillerie et de l'aviation U.S

📍Une forte contre-attaque allemande, appuyée par le feu des 280 de la batterie de Kéringar, se brise sur les lignes F.F.I.-F.T.P. (de Ploudalmézeau - Guissény - Plouescat notamment) et tenues par les Rangers refoulé, l'ennemi abandonne Porsmoguer et Ploumoguer.

📍1er septembre 1944 : une brèche est réalisée sur la rive droite du Goulet par les F.F.I. de St-Renan et Lannilis, le 2e: Rangers et l'aile gauche de la 29e D.I. : les lignes allemandes sont rompues (combats de Kérillo - Grand Kervéguen - anse de Bertheaume - plage de Trégana-Porsmilin). La garnison de la Pointe St-Mathieu est ainsi isolée.
Les blockhaus sis au Sud de Ploumoguer sur la route du Conquet sont investis par la Compagnie de Ploudalmézeau et les Rangers.
Entre Goasmeur et le Treiz-Hir, les F.F.I. de St-Renan et du Conquet tiennent sous le feu de l’artillerie.
- Du 30 août au 4 septembre : le carrefour Voualch est pris et repris 5 fois (route St-Renan-Le Conquet).
— L'unité marine française s'empare du blockhaus de Kergounan.
- Un combat violent est livré à Kerinviao par la Compagnie «Deumars» (le
chef PIRON est tué).
- Le 8 septembre : c'est l'attaque finale après une préparation de l'artillerie et de l'aviation. La Compagnie de Plabennec vient en renfort.
A 16 heures : la ligne conquise est jalonnée par le fort de Bertheaume-Kerouanem. Carrefour Le Lannou-Berbouguis. Etang de Kerjean. Ouest du bois de Trébabu-Lanfeust.
- La batterie de Quinée est isolée des forces ennemies de la Presqu'ile de Kermorvan et de la Pointe-Illien.
Le 9 septembre
-au Nord : échec des F.F.I. de Ploudalmézeau sur la Presqu'ile de Kermorvan ;
-au Sud : bombardement des ouvrages allemands, notamment Kéringar, investi vers 12 heures par les F.F.I. de Guissény - Plouescat - Plabennec.
Unité marine : la reddition totale de la Pointe St-Mathieu s'ensuit.
Le soir : les ouvrages situés entre Créachmeur et le Rospects en Plougonvelin sont occupés par le 2e Rangers et les F.F.I. de St-Renan-Le Conquet.
Le 10 septembre, Kermorvan, bloqué par ceux de Ploudalmézeau et les Rangers, capitule à 16 heures, la Pointe Illien et Quinée aussi.

📍
Le 2e et le 5e Rangers sont dirigés sur Plouédern (en réserve).
6 Compagnies F.F.I. assurent la sécurité des arrières de la 29e D.I. U.S.; occupent le terrain pour éviter une éventuelle surprise par mer.
Les 10 autres Compagnie gagnent le front Ouest de
Brest tenu par la 29e D.I.
L'unité marine se divise :

  • un élément joint la 2e D.I. et mène des combats de rues vers St-Martin;
  • l’autre coopère avec les autres Compagnie F.F.I. et la 29e D.I.

📍Presqu'ile de Plougastel-Daoulas :
Les forces engagées sont les F.F.I.-F.T.P. du
Bataillon «Giloux», de «Callac» (Yvinec), de l'arrondissement de Brest, jusqu'alors en réserve à Landerneau (Commandant GARION) sous le ordres du Colonel BON.
27 août : repli allemand sur Plougastel-Daoulas.
28 août : prise des points d'appui allemands; combats de rues à Plougastel-Daoulas, libérée dans la soirée.
29 août: les points côtiers du dispositif ennemi sont enlevés et occupés.
Les F.F.I.-F.T.P. assurent le nettoyage et le service de défense côtière.

📍Le Bataillon de Landerneau (commandé par CASTEL) s'installe dans la région de Dinéault et réalise des approches du Ménez-Hom les 30 et 31 août; puis il pénètre dans la Presqu'ile jusqu'à Tal-ar-Groas.
Le 16 septembre : l'attaque générale dans la Presqu'ile de Crozon sera menée conjointement par la
8e D.I. U.S. retirée du secteur de Lambézellec et par les forces de la Résistance.

Le même jour, l'assaut est donné à Brest.

Rapport du
Colonel FAUCHER.



II. - L'INVESTISSEMENT DE BREST
UNE SUCCESSION DE COMBATS D’APPROCHE
AVANT L'ASSAUT


Septembre :
Les premiers jours : St-Marc, Petit-Paris et Lambézellec sont enlevés de haute lutte.

La 8e D.I., retirée du secteur de Lambézellec, part pour la Presqu'ile de Crozon.

DISPOSITIF:
Secteur rive gauche de la Penfeld : la
2e D.I. et 3e Compagnies (Kerhuon, Guipavas et Brest) plus une partie de l'unité marine.
Secteur rive droite : l
a 29e D.I.; 10 Compagnies et l'autre partie de l'unité marine.
Le Commandement F.F.I. est placé sous les ordres du Général Commandant la
29e D.I. U.S..
Les unités F.F.I. sont intercalées entre les formations américaines, et les guident jusqu'au contact avec l'ennemi dont les positions sont puissamment et savamment organisées : barbelés - barrages anti-chars - mines feux croisés d'armes lourdes et automatiques - abris bétonnés - anciennes fortifications Vauban - utilisation des ruines et, par-dessus tout, la «main de fer de
Ramcke».
La population non évacuée est regroupée dans les hôpitaux et abris (le 9 septembre :
tragédie de l’abri «Sadi Carnot »).
Le 16 septembre : précédée d'une intense préparation d'artillerie et aérienne, l'attaque généralisée est marquée par de violents combats de rues :

  • à l'Est : à Kérigonan, St-Martin, Sanquer ;
  • à l'Ouest : prise de forts (La Villeneuve, Questel, Portzic), Montbarrey et Kéranroux en faisant intervenir les chars lance-flammes. Les pertes américaines sont élevées.
Le 17 septembre : la lutte est rude au contact «des fortifications Vauban»:
  • Est : place de la Liberté - Moulin à Poudre et Bougen;
  • Ouest : Kervallon et Recouvrance
Le 18 septembre : la riposte allemande a faibli ; Ramcke se trouve dans la Presqu'ile de Crozon où il capitule le 19 septembre (Pointe des Espagnols); la ville intra-muros est abordée et conquise entraînant la capitulation générale des forces allemandes après un siège de 44 jours. La ville est en ruines, du fait des bombardements et des combats, des incendies volontaires ou non, des destructions systématiques; le port est inutilisable.
Les pertes de part et d'autre sont sévères : pour les combattants : F.F.I. et Américains; et Allemands ; et dans la population civile; victime des combats et surtout des atrocités commises par les troupes ennemies.
«Les F.F.I. (1) contribuèrent, pour une part importante, au succès de cette opération délicate et à la victoire finale de la cause alliée.» (
Général GERHARDT, 29e D.I. U.S.)

(1) comprendre : F.F.I.-F.T.P
«Je désire vous remercier, vous et les F.F.I., pour les services appréciables que vous avez rendus à la «Task Force A» durant la Campagne de Bretagne, et particulièrement durant les combats de la Presqu'ile de Crozon. L'aide donnée par vos troupes nous a matériellement aidés pour une victoire rapide et complète... dans ce secteur.» (Général EARNEST, Commandant la 1re Brigade de «Tank Destroyer», au Lieutenant-Colonel BERTHAUD.) Lettre du 10-11-1944.

Eisenhower a évalué à 15 divisions la participation des F.F.I. de toute la France à la libération.

🇫🇷LES TROIS COULEURS FLOTTENT A BREST🇫🇷
CE QUE FUT LE SIEGE DE LA FORTERESSE

Six semaines d’épouvante

Saint-Marc, le 9 septembre 1944.

Voici quelques heures à peine que les Boches viennent d'être chassés de Saint-Marc et qu'un capitaine américain commandant un groupe de nettoyage est venu m'annoncer ma délivrance. Je n'ose y croire encore.
Après cinq semaines d'un siège au cours duquel j'ai vécu des heures atroces sous un ouragan de feu et d’acier, me voilà donc rendu à la vie et à la liberté. Autour de moi il n’y a plus que ruines et dévastations, mais le ciel est bleu et la nature reste belle.
L'espoir renait dans nos cœurs. Notre affreux cauchemar est terminé.
Il me reste maintenant à retracer jour après jour, heure par heure, le martyre de l'agglomération brestoise qui, déjà durement éprouvée trois années durant par cent soixante bombardements, a été littéralement écrasée sous des milliers et des milliers de tonnes de bombes et d'obus et définitivement anéantie.
Le cœur déchiré par toutes les souffrances endurées par la population de notre grande cité maritime, par tous ses deuils, il me faut maintenant prendre la plume pour revivre ce long calvaire.

LA PREMIERE EVACUATION

Le vendredi 4 août on apprenait la prise de Rennes par les troupes alliées. La nouvelle provoqua une vive émotion en ville et l'on sentit qu'un vent de défaite commençait à souffler parmi les Allemands. Une grande animation régnait tant à Brest que dans les communes de l'agglomération. Il y restait encore 50 000 personnes environ. Dans la soirée, vers 16 heures, des ordres d'évacuation des habitants non indispensables furent placardés sur les murs. De nombreuses personnes partirent le jour même. Cependant, beaucoup étaient hésitants, désireux de rester garder leurs biens. Des colonnes de camions allemands arrivaient sans cesse à Brest, venant de différents points du département.
Le lendemain 5 août, l'accès de l'arsenal est interdit aux ouvriers à partir de midi. La plupart des magasins ne rouvrent pas leurs portes. Vers midi, des bombardiers américains firent leur apparition dans le ciel brestois et lâchent quelques 50 bombes sur la base sous-marine allemande des Quatre-Pompes. Celle-ci est touchée en plein par trois des engins. Quatre Français sont blessés et transportés à l'hospice Delcourt-Ponchet. Quant aux pertes allemandes, il n'est pas possible de les connaître.
A la suite de ce premier bombardement, la population prend peur et l'évacuation s'accentue. On estime que 20 à 25.000 personnes quittent ainsi l'agglomération et se répandent dans les campagnes environnantes à la recherche d'un lieu de refuge. Spectacle lamentable que celui de ces pauvres gens qui s'en vont à pied, le plus souvent à l'aventure, porteurs de baluchons renfermant quelques misérables affaires en poussant des brouettes ou des voitures d'enfant sur lesquelles ils ont entassé ce qu'il leur a été possible d'emporter. Durant toute cette journée le repli des troupes allemandes sur Brest se poursuit.

UNE DEMARCHE
DES AUTORITES FRANÇAISES
PRES DES ALLEMANDS

Le 6 août à 11 heures du matin une délégation de notables de l'agglomération brestoise, composée de MM. EUSEN, administrateur de l'agglomération brestoise, président de la délégation municipale de Brest et maire de Saint-Pierre-Quilbignon, GESTIN, adjoint-maire de Saint-Marc ; KERVERN, maire de Lambézellec ; KERAUDY, président de la délégation spéciale de Saint-Marc; le Chanoine COURTET, cure-archiprêtre de Saint-Louis et de M. le Pasteur protestant, se rend à la Platzkommandantur (caserne Guépin), pour demander au Platzkommandant, étant donné qu'il reste encore 25.000 personnes environ dans l'agglomération brestoise, d'éviter trop d'effusion de sang et trop de démolitions dans l'agglomération brestoise. En bon français cette délégation vient tout simplement demander aux Allemands de se rendre. Elle le fait par acquit de conscience et ne se leurre pas sur le résultat de sa démarche.

La première réaction du major HABERMAN est d'exiger le départ immédiat de tous les civils qui s'obstinent à demeurer dans l’agglomération.
Vous voulez peut-être, poursuit-il, que nous déclarions Brest ville ouverte !
Sur la réponse affirmative de M. EUSEN, le major allemand donne des signes du plus grand étonnement et s'écrie :
Vous demandez cela à des militaires ! Vous ignorez donc que Brest est une forteresse? Je comprends le but humanitaire de votre démarche, mais il m'est impossible de vous donner satisfaction. Cependant j'espère que les combats ne seront pas trop durs.»
Et sur ces mots, le Platzkommandant prend congé de la délégation. La nouvelle de cet échec est une nouvelle déception pour les Brestois.
Pendant toute la journée le calme le plus complet règne en ville qui présente à peu de chose près l'aspect d'un dimanche ordinaire. Les militaires allemands se promènent en ville et se répandent dans les cafés. Cependant le bruit d'une avance foudroyante des troupes américaines par la route du centre court avec persistance. Ces bruits sont confirmés par la radio qui annonce que celles-ci se trouvent déjà dans les faubourgs de Brest. En réalité les avant-gardes américaines n'étaient encore qu'à Lesneven. Au début de l'après-midi on commence à entendre la canonnade dans le lointain.
Vers 15 heures, les Brestois sont tout étonnés de trouver placardés sur les murs et les devantures des magasins deux affiches imprimées émanant des F.F.I.
Voici le texte de l'une d'elles :

AVIS A LA POPULATION

Les habitants de l'agglomération sont avisés que dès l’entrée en action des F.F.I., ils devront cesser immédiatement toute circulation et ne quitter leur domicile sous aucun prétexte. Tout acte de pillage sera puni de la peine de mort.
Signé : le Chef des F.F.I. de l'arrondissement de Brest : Commandant Somme-Pej.

La seconde affiche imprimée en allemand et en français invite les troupes allemandes à se rendre sans combat et informe les autorités militaires allemandes qu'elles seront tenues pour responsables des destructions qu'elles opèreront. Les Boches réagissent immédiatement et font lacérer ces affiches. De plus ils annoncent que toute personne qui sera surprise à les lire sera immédiatement arrêtée.

L'ETAT DE SIEGE EST DECRETE

Le lendemain matin les bruits les plus fantaisistes courent encore sur l'avance des troupes américaines. En fait personne ne sait rien de précis à ce sujet. Cependant des ambulancières de la Croix-Rouge, rentrant de Plabennec, assurent qu'elles sont arrivées à proximité du bourg de cette localité. La nouvelle de l'incendie de la Préfecture de Quimper par les Allemands nous parvient également. La plus grande confusion règne et les bobards fleurissent.

A 13 heures, des voitures de la «Défense Passive» annoncent par haut-parleurs que les Boches ont décrété l'état de siège et que celui-ci commencera à 15 heures. La nouvelle provoque évidemment une émotion considérable. Tandis que certains quittent Brest précipitamment alors qu'ill est encore temps, les autres rassemblent ce qui leur est nécessaire pour se réfugier dans les grands abris souterrains de la ville et y vivre durant l'état de siège. D'autres enfin décident de demeurer chez eux et de s'abriter, le cas échéant, dans des caves ou des abris divers.
A 13 h 45 l'aviation américaine bombarde à nouveau et de façon très violente la base sous-marine des Quatre-Pompes.

DANS LES ABRIS

A 15 heures, lorsque l'état de siège entre en vigueur, les
abris Tourville-Sadi-Carnot et Suffren-Wilson, longs tunnels bétonnés creusés à 15 et 20 mètres sous terre, sont combles. On compte 3.000 personnes dans le premier et 1.500 à 1.800 dans le second. Le tunnel qui passe sous Recouvrance est également encombré. Chacun a apporté matelas et couvertures ainsi que ses affaires les plus précieuses qu'il a entassées dans des valises, des sacs et des baluchons et a cherché à se ménager un espace vital. D'autres se sont contentés de chaises ou de fauteuils. Les gens sont les uns sur les autres mais tous arrivent à s'installer tant bien que mal.
Lorsque, dans la soirée, nous allons visiter
l’abri Tourville, nous y trouvons une atmosphère extraordinaire. La lumière électrique manque et les réfugiés sont groupés autour de bougies, de cierges même, de lampes à pétrole, à acétylène ou de lampes électriques de poche. Les uns causent entre eux, les autres jouent aux cartes, aux dominos ou aux «petits chevaux», tandis que d'autres sommeillent sur leurs matelas. Des ménagères préparent leur maigre diner sur des lampes à alcool ou de petits fourneaux à pétrole. Des mamans chauffent les biberons de leur bébé. Car, malheureusement, il y a beaucoup d'enfants en bas âge. Des médecins, des infirmières de la Croix-Rouge vont et viennent sans cesse, prodiguant leurs soins, se dépensant sans compter auprès de tous ces pauvres gens. Grâce à une discipline librement consentie tout se passe bien et chacun subit ces heures pénibles avec patience, persuadé que cette situation ne durera pas longtemps! En effet, les nouvelles qui parviennent, malgré tout de l'extérieur sont bonnes. Les Américains sont à Milizac et au Bourg-Blanc.
Le lendemain, mardi 8 août, à 6 heures du matin, M. l
'abbé RICOU, aumônier des ouvriers requis, célèbre la messe à l'entrée de l'abri Tourville en présence de 150 à 200 fidèles dont 60 reçoivent la communion. Cette cérémonie, particulièrement émouvante, étant donné les circonstances, devait se renouveler tous les matins, mais les circonstances ne l'ont pas permis.

LES ALLEMANDS REJETTENT
L'ULTIMATUM AMERICAIN


Durant toute la nuit de lundi à mardi, des troupes allemandes en débandade, comprenant en majeure partie des contingents de parachutistes, n'ont cessé de défiler dans les rues Jean-Jaurès et de Siam, se dirigeant vers Saint-Pierre-Quilbignon où elles vont ensuite être affectées à la défense des abords Ouest l'agglomération brestoise. Les boches en sont réduits à transporter leurs munitions et leur fourniment sur des charrettes de paysans et ils ont souvent contraint leurs propriétaires à conduire eux-mêmes leur attelage.
Beaucoup viennent des Côtes-du-Nord et de diverses régions du Finistère.
De bonne heure le matin, on annonce dans les abris que chaque jour, de 9 heures à 11 heures les gens pourront circuler librement pour procéder à leur ravitaillement. Dès 9 heures chacun se précipite chez soi pour faire un peu de toilette, puis s'en va faire ses provisions dans les quelques épiceries qui ont ouvert et qui ont été ravitaillées par les maraîchers de la banlieue.
A 11 h 15, la nouvelle se répand comme une trainée de poudre que des parlementaires américains se sont rendus à la «Platzkommandantur» (caserne Guépin) pour demander au commandant de la forteresse de Brest de se rendre. Une immense espérance à nouveau s'empare de tous. Hélas! les Brestois devaient être bien déçus.
En effet, des officiers américains portant un bandeau sur les yeux étaient arrivés à Brest en automobile, précédés et suivis des voitures allemandes et avaient eu une entrevue à la «Platzkommandantur» avec le Platzkommandant, major HABERMASS. L’entrevue avait duré à peine quelques minutes et le cortège était reparti en direction de l'Ecole Navale, à Saint-Pierre-Quilbignon où les parlementaires américains avaient été reçus par le colonel von der MOSEL, commandant la place forte de Brest. On devait apprendre peu après que les Allemands avaient refusé purement et simplement la reddition de la forteresse. Durant la journée du 8 août, l'affluence dans les abris est plus considérable encore que la veille. L'atmosphère y devient lourde et extrêmement pénible. Nous avons quelques alertes et le canon tonne dans le lointain. On annonce que les boches ont commis des atrocités à Gouesnou où des habitants ont été torturés et fusillés. L'église paroissiale un bijou d'architecture gothique est détruite et le bourg est pratiquement rasé. Tout l'après-midi, le défilé des Allemands en retraite se poursuit à travers la ville, toujours en direction de Saint-Pierre-Quilbignon.
Le mercredi 9 août, dès 7 h 30 du matin, les membres du Secours National et des Cuisines d'entr'aide effectuent une distribution d'Eleska dans les abris. Cette boisson chaude réconforte les malheureux réfugiés. De bonnes nouvelles nous parviennent : la prise de Quimper, Morlaix et Saint-Brieuc par les vaillants F.F.I. Guipavas a été évacuée par les Allemands.

L'ETAU SE RESSERRE

Les Allemands ont arrêté le fonctionnement de la Centrale électrique de l'Arsenal, de telle sorte que les abris et les hôpitaux sont privés de lumière d’une manière permanente.
M. AVENIER, directeur de l'Energie Industrielle ainsi que le contre-amiral NEGADELLE, commandant la Marine Française à Brest, font une démarche auprès des boches qui rétablissent le courant dans l’après-midi.
Les Allemands ont évacué lundi matin un certain nombre de patriotes français emprisonnés à Pontaniou et depuis l'on a aucune nouvelle d'eux. Parmi eux se trouvent
MM. le chanoine KERBRAT et LOISELET, de Lesneven, ainsi que M. GILBERT-DANDIER, de Brest. Toutes les démarches effectuées pour savoir ce qu'ils sont devenus demeurent sans résultat et l'on est très inquiet sur leur sort.
Vers 20 heures, un chapelet de bombes tombe rue Armorique, causant également des dégâts dans la rue Quartier-Maître-Bondon. Il y a quelques blessés, la population de ce quartier vient se réfugier dans les
abris Tourville et Suffren.
Durant toute la nuit, les troupes allemandes continuent d'affluer à Brest et l'on estime que les troupes chargées de la défense de la forteresse ne doivent pas compter désormais moins de 35 à 40.000 hommes en comprenant les éléments de la marine.
Le
général KARLSEUN, commandant la 266e division d'infanterie allemande, aura été fait prisonnier devant Brest.

«Ouest-France», 20 septembre 1944.


LA GARNISON ALLEMANDE DE BREST
SE RETIRE DANS LA PRESQU'ILE DE CROZON

Le grand port de guerre qui unit dans son blason les hermines de Bretagne et les lis de France, et dont le nom seul évoque toutes les gloires de notre marine, avait donné sous l'occupation un nouveau témoignage de la fidélité bretonne à la Grande Patrie. Et voici qu'après les longues semaines d'une épreuve qui dépassa en intensité tout ce que la guerre lui avait fait connaître. Brest peut enfin se réjouir de voir le drapeau tricolore s'élever au-dessus des ruines, et de commencer une vie nouvelle dans la liberté reconquise.
Le communiqué allemand annonce que la garnison de Brest s'est retirée dans la Presqu'ile de Crozon et de là continue la lutte.
Brest, le lundi 17 août, à 16 h 30.
Commencé dès les premières journées d'août, le siège de Brest vient de prendre «fin». La résistance a cessé vers 15 h., nous ont déclaré plusieurs soldats.
Pendant plus d'un mois, l'ennemi qui avait pris la farouche résolution de résister jusqu'au dernier homme, bien que se sachant ces jours derniers privé du soutien de l'aviation et de l'artillerie, encerclé de tous côtés, a subi les violents assauts des bombardiers et des troupes américaines.
La ville présente l'aspect d'un immense chaos : maisons éventrées par les obus, par les bombes, par le feu allumé dans de nombreux cas par les mains criminelles de l’Allemand.

📍A TRAVERS LAMBEZELLEC

Nous nous trouvions lundi après-midi à Gouesnou lorsque, vers 15 heures, nous vîmes passer un énorme convoi de prisonniers boches.
Brest est tombé à 3 heures, nous dit un passant.
Un officier vient de l'annoncer.
En hâte, nous enfourchons notre bicyclette pour nous rendre à Brest, à Pontanézen. Nous passons devant la caserne de gendarmerie sérieusement touchée par les obus. De part et d'autre du chemin, des maisons en ruines; puis, fait plus intéressant pour l'heure présente, l'auto du
capitaine de gendarmerie BELLOC.
Mon capitaine, est-ce vrai que Brest est tombé ?
Nous y allons, montez avec nous.»
Nous traversons Lambézellec…Le bourg est en ruines. Le magnifique clocher, l'église, sont pratiquement détruits. La poste a brûlé, la mairie a peu souffert.
Nous notons ces faits au passage. La voiture «roule» et «tangue» sur éboulis et dans des trous d’obus.
Du haut de la rue Jean-Jaurès, nous apercevons le quartier Saint-Martin. Le canon a cessé de tonner. Le clocher de Saint-Martin est toujours debout - contrairement à ce qui nous avait souvent été dit - mais très ajouré.

📍A BREST, A 16 h 30

Nous arrivons aux «Quatre Chemins» pour emprunter la rue de la Vierge. Sur notre gauche, les prodiges de notre chauffeur nous valent de ne pas demeurer dans les nombreux entonnoirs qui s'ouvrent sur notre passage... L'usine S.E.G.A.M. a brûlé. A droite, à gauche, des maisons en ruines, dans la rue Volney, dans la rue Bugeaud. Nous atteignons Kérigonan. Les grandes maisons de la cité sont en partie détruites.
Nous traversons les rues Danton, Brizeux, Marengo, en ruines. Le Nouvel Hôpital, où il y a deux jours encore Américains et Allemands se livraient de sérieux combats, est criblé de trous d'obus. Le carrefour des rues Coat-ar-Gueven et de la Vierge est couvert par un amoncellement de plâtras, de pavés, de ferraille et de débris d'armes de toutes sortes.

L'auto ne peut plus nous être utile.

Nous atteignons à pied la place de la Liberté d’où nous découvrons soudain un immense champ de bataille. La place est méconnaissable, labourée par les bombes, par les obus.
Plus loin, le centre de la ville. Des ruines à droite, des ruines à gauche, des ruines partout. «Paysage lunaire», nous dit le
capitaine BELLOC.

Le bas de rue Jean-Jaurès est détruit par le feu en majeure partie.

Il est 16 h 30. Nous atteignons le cœur de Brest... la place Anatole-France d'où rayonnent les rues Siam, Louis-Pasteur, Algésiras, Colbert. La fumée s'élève encore de certains immeubles. La Poste est détruite. Les «Arcades», les «Voyageurs».
Le cœur de Brest a cessé de battre. Mais déjà les soldats américains s'emploient à déblayer les rues. La ville renaîtra !

📍DES RESCAPES

Nous voyons soudain émerger de cet immense chaos, des casques blancs de la Défense passive. Quatre silhouettes se dressent. Nous nous approchons pour reconnaitre MM. MIRIEL, LE GALL, HASSERON et le docteur PHILIPPON, membres de l'ancienne délégation spéciale de la ville, les derniers survivants de la délégation.
«Nous avons traversé des journées atroces — nous disent-ils — à lutter contre le feu qui menaçait de nous engloutir dans les caves où nous cherchions refuges, contre les obus, contre les bombes, contre les grenades que les boches lançaient dans toutes les maisons.
Nous avons vécu hors des abris, et cela a été notre salut.
«Les combats ont pris fin pratiquement vers 11 heures ce matin, heure à laquelle nous avons pu sortir de nos refuges. Les Allemands depuis plusieurs jours déjà, avaient reçu l'ordre de préparer des drapeaux blancs qu'ils devaient hisser dès l'approche des troupes américaines.»

📍LA CATASTROPHE DE L'ABRI «TOURVILLE»

Nous demandons quelques précisions sur l'affaire de l'abri «Tourville», au cours de laquelle plus de 350 Français trouvèrent une fin atroce.
«Celle-ci se produisit le 9 septembre, vers 2 heures du matin. Les boches avaient réquisitionné l'
abri «Suffren» et la moitié de l'abri «Tourville», construits par des Français pour la population civile. L'ennemi avait entassé dans la partie de l'abri qu'il s'était réservée, sous le couvert de la «Croix-Rouge» une grande quantité de munitions. A la suite d'une bagarre entre soldats, dit-on, ces munitions explosèrent causant la mort de 350 Français parmi lesquels de nombreuses personnalités.
«A la suite de cette pénible catastrophe, les survivants de la délégation spéciale se réunirent dans leur dernière mairie, 39, rue Traverse, sous la présidence de
M. MIRIEL, pour adresser au nom de toute la population de l'agglomération brestoise leur souvenir le
plus ému aux victimes et à leurs familles.
«Au cours de cette même réunion,
MM. MIRIEL, PHILIPPON, LE GALL et MANEVOIS décidèrent de donner le nom de rue Victor-Eusen à la rue Traverse qui s'ouvre sur l'abri où M. EUSEN trouva une mort glorieuse.»

📍LE RAVITAILLEMENT

Il était assuré par les A.D.P. (Auxiliaires de la Défense Passive) qui, en toutes circonstances, durent parer à toutes les éventualités. Des stocks de conserves avaient été faits en dépit des exigences de l'ennemi. On avait obtenu de la farine de Plouzané qui permit la fabrication du pain jusqu'à la journée de dimanche dernier. Il y avait même de la viande fraîche. Les Brestois possédaient en outre des pommes de terre, des biscuits. Bref, ils détenaient un stock qui leur aurait permis de durer jusqu'à la mi-octobre. Il faut dire que leur nombre avait considérablement dimi-nué. Dans Brest-intra-Muros, seules une soixantaine de personnes vivaient encore.
Si les vivres ne manquaient pas, l’eau par contre se faisait très rare. Nos compatriotes en étaient réduits ces derniers temps à explorer baignoires et installations de chauffage centraux dans les maisons sinistrées pour s'en procurer quelques goutes.
Ainsi vivaient les Brestois qui attendaient la délivrance, sans cesse traqués et persécutés par un ennemi qui menaçait — ce fut le cas à l'
abri «Ponchelet» — de les jeter sous la mitraille.
Nous avons également rencontré des pompiers. Pompiers de la marine et pompiers de la ville s'étaient groupés sous la direction du
commandant TOUL, officier principal des équipages de la flotte, et du lieutenant CARQUIN. Pendant 34 jours, sous les obus, ils luttèrent contre les flammes. Ils se bornaient à faire la part du feu à la hache, à la pelle, car leur matériel avait été détruit et les Allemands interdisaient que l'on se servit des réservoirs d'eau qu'ils avaient aménagés aux diverses places.
«Ils ont même été, les s.., nous confie, en termes imagés, un jeune sapeur, jusqu'à rallumer le feu que nous venions d’éteindre.»

📍VERS SAINT-MARTIN

Nous quittons la place Anatole-France pour «grimper» à Saint-Martin. Là encore des ruines, mais moins spectaculaires que celles du cœur de Brest. Tout n'y est pas pulvérisé.
Nous trouvons une occasion inespérée de regagner Landerneau, ce qui nous permet de visiter au passage les hauts quartiers de Brest, le Pilier-Rouge, puis le quartier de «Citroën».
Là-bas, au fond de la rue Anatole-France, se détachent deux drapeaux, le drapeau tricolore et le drapeau étoilé.
Ils flottent sur des ruines, mais la ville renaitra dans une France libre.

F. PERON.
«Ouest-France», 20 septembre 1944.


REDDITION TOTALE DES OUVRAGES
DE LA PENINSULE OUEST DE BREST

Début mars 1943, je rencontre le Colonel FAUCHER à Saint-Renan, il me demande de rester en liaison avec lui pour l'organisation de la Résistance.
En avril 1944, il me demande d'aller constater sur place, les objectifs allemands installés à l'Ouest d'une ligne allant de Lampaul-Plouarzel, au Nord, à Porsmilin, au Sud.

  • Emplacement exact.
  • Effectif approximatif.
  • Armement.
  • Couloirs privés de feux pour débordement.
Le 12 août, il me demande de me rendre à Tréouargat où se trouve le maquis de Ploudalmézeau, chef Joseph GRANEC.
Le 13 au matin, arrive une cavalière, c'est
Madame DOUILLARD, qui vient nous annoncer l'arrivée du capitaine russe, Vladimir RAZIMOVITCH, avec ses 160 hommes, ils ont quitté les Allemands pour venir les combattre avec les F.PI.
Le 14 août, le
Colonel FAUCHER me demande de le rejoindre à Plabennec où il a installé son P.C., il y est en liaison constante avec les groupes F.F.I. de tous les cantons : Guissény (BARACHE) ; Ploudalmézeau (GRANEC); Saint-Renan (Guy BRETON) ;
Le Conquet (LE BARS-LUARD); Saint-Pierre-Quilbignon (DENMARS)
.
Le 15 août, le Colonel est appelé par le
Général MIDDLETON, chef du 7e Corps d'Armée Américaine. Les trois parachutés U.S.A., Colonel RUDDERS, Commandant SUMMERS, Sergent MELLO sont avec nous. Le Colonel me désigne comme Officier de liaison au P.C. américain.
Le point important c'est la destruction de la batterie allemande de Keringar entre la Pointe de St-Mathieu et Le Conquet.
Le
Colonel RUDDERS décide d'attaquer d'abord le Nord, Trezien, la Pointe de Corsen, Kervélédan, Bodonou, Goasmeur, Trébabu, Pointe d'Ilien, Coat-ar-Piquet, Plougonvelin, et la résistance allemande n'existe plus.
Pendant tous les combats, la fameuse
Big Battry de Keringar, n'a cessé de tirer, causant évidemment de nombreuses pertes humaines. Le Colonel allemand FURST, commandant le point fortifié reçoit le Colonel américain RUDDERS, le Colonel FAUCHER, c'est la reddition totale des ouvrages de la Pointe Saint-Mathieu-Le Conquet. Maintenant, les éléments importants de l'armée américaine peuvent attaquer la ville de Brest sans craindre des coups venant de l'arrière. Notre secteur est libéré le 10 septembre 1944.