PÔLE JEAN MOULIN

Chers Amis du Pôle Jean Moulin-réseau MRN, A toutes et tous nos voeux les plus chaleureux pour 2021. L'année qui s'achève fut rude et éprouvante. Une pensée fraternelle pour tous nos amis disparus. Ils resteront chers à notre coeur. Je vous embrasse, Anne FRIANT MENDRES



LE COUP DU STO, 14 janvier 1944
Chemin de la Résistance et des Maquis
Mis en ligne sur le site le 7 décembre 2020

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Source : https://www.ouest-france.fr/bretagne/14-janvier-1944-les-dossiers-du-sto-sont-brules-1856300
Publié le 4 janvier 2014

14 janvier 1944 : les dossiers du STO sont brûlés

Il y a 70 ans jour pour jour, un commando de résistants réalise un coup d'éclat à Quimper : 44 000 dossiers du STO partent en fumée. Mais la plupart de ces résistants le paieront de leur vie.

L'histoire
A 18 h 30, le vendredi 14 janvier 1944, deux commandos, l'un gabéricois, l'autre quimpérois, investissent les locaux du Service du travail obligatoire (STO) dans l'ancienne école Notre-Dame de l'Espérance, boulevard Kerguélen à Quimper. Ils volent 44 000 dossiers qui sont chargés dans une voiture. Les sentinelles allemandes n'y ont vu que du feu : elles ont cru à un vrai déménagement. Les fiches de STO seront transportées à Ergué-Gabéric, où elles seront brûlées, toute la nuit, dans le four à pain de la boulangerie de François Bales. Des arrestations vont suivre. Huit des participants furent arrêtés et déportés vers le camp de Neuengamme. Seulement deux d'entre eux échappèrent à la mort : Jean Le Bris et Jean Le Corre, du groupe d'Ergué-Gabéric.

Le Service du travail obligatoire ?

Le prélèvement de main-d'oeuvre (STO, service de travail obligatoire) à destination des usines et fermes allemandes, imposé par Pierre Laval à partir de septembre 1942, n'a pas eu le succès escompté. Devant le peu d'empressement des élus locaux, l'appel aux volontaires des autorités vichyssoises et allemandes s'est transformé en réquisition du personnel qualifié, puis de la classe 42, ainsi qu'en recensement des jeunes gens nés entre 1920 et 1922.

Cas de conscience

Des élus réagissent. Pour exemple, Jean Perrot, maire d'Esquibien, et député qui avait dit non aux pleins pouvoirs au maréchal Pétain en 1940, adresse une lettre au préfet, le 18 mars 1943, par laquelle il donne sa démission de maire, disant qu'il est placé « devant un cas de conscience qu'il ne peut résoudre ». Plusieurs de ses collègues du canton de Pont-Croix l'imitent. Le chef de brigade d'Audierne, Antoine, et les gendarmes de Pont-Croix préviennent les réfractaires de l'imminence de leur arrestation.

Fausses cartes d'identité

On ruse avec l'administration et on truque sur une grande échelle. Les secrétaires de mairie établissent de fausses cartes d'identité, plusieurs jeunes gens ont vieilli ou rajeuni ; les jeunes recherchés ont quitté leur commune depuis plusieurs années ou sont infirmes ou décédés. Les maires doivent dépister les « oisifs » de 24 à 31 ans. Ils répugnent à faire cette besogne. La situation des « défaillants » devient critique. L'occupant se fait plus pressant. D'où le coup de main du vendredi 14 janvier, boulevard Kerguelen, à Quimper.

Le commando déporté

Après ce cambriolage, la Gestapo arrêtera presque tout le commando. Si la secrétaire, Jeannette Cras, est libérée le 29 avril 44, par manque de preuves, Laurent Jacq, Hervé Bénéat, René Fauvel, Louis Kernéis, Antoine Le Bris et son frère Jean, Jean Le Corre (seul survivant, actuellement) sont déportés. Seuls les deux derniers reviendront, alors que François Balès sera tué au maquis, le 29 août 44, à Plomodiern. L'arrivée des Américains provoquera la fuite des Allemands.

Témoignage

Jean Le Corre a témoigné de la Résistance, de sa déportation en 1944. En 2007 devant des collégiens, l'ancien résistant disait la peur, l'humiliation, la mort. « On n'était pas beaucoup, neuf Français sur dix ont accepté l'occupation, un sur dix est entré en résistance. J'avais 20 ans.» Il a subi dix-sept jours d'interrogatoire au lycée Saint-Charles, puis a été emprisonné quatre mois à la prison de Mesgloaguen de Quimper. Avant d'être déporté au camp de Neuengamme.



14 janvier 1944, le coup du STO


RESISTANCE

Le Finistère, Premier Département Réfractaire de France

La « mise à sac » du STO, coup d'éclat exceptionnel d'un groupe de jeunes Résistants.

Le vendredi 14 janvier 1944, à l'heure de sortie des bureaux, sur les quais de l'Odet, face à la Feldkommandantur de Quimper, de jeunes résistants organisent le « cambriolage du STO », Service du Travail Obligatoire, dépendant de la préfecture.
Le cadre de l'action est l'école Notre Dame de l'Espérance. Le rez-de-chaussée est réservé aux bureaux, tandis que le premier étage sert de dortoir aux soldats allemands. Ces derniers ne cesseront d'aller et de venir pendant que se déroule ce qu'ils croient être un « déménagement ».
La prise, les dossiers de jeunes gens du Finistère promis à l'esclavage en Allemagne nazie. Elle partira en fumée la nuit même.


Le commando, douze jeunes gens, déjà entrés en résistance. Beaucoup sont d'anciens élèves du Lycée La Tour D'Auvergne. Volontairement, quelques uns sont entrés dans les services de l'administration afin de « saboter , comme l'a demandé le général De Gaulle à Radio Londres »*. Leur chef dans la Résistance, pour le Sud-Finistère, est un jeune ingénieur polytechnicien, Laurent Jacq. Il s'est fait embaucher au Génie Rural. Il viendra sur place ce 14 janvier au soir diriger en personne l'opération prévue: faire disparaître l'ensemble des dossiers du Service du Travail Obligatoire.


Deux équipes de jeunes Résistants que coordonne Antoine Le Bris. L'équipe de Quimper, que dirige Antoine Le Bris avec Jeannette Cras et Louis Kernéis, opère directement dans les locaux où ils sont employés depuis quelques mois. Laurent Jacq, René Fauvel, Jean Le Bris, Léon Dolley et Pierre Germaine seront sur place à l'heure dite. La « mise à sac » va conclure le sabotage du « recensement des jeunes gens nés en 1923 » , selon la circulaire numéro 48 du 18 septembre 1943 du préfet Louis DUPIECH. Leur alibi est soigneusement préparé. Ils avancent de dix minutes toutes les horloges du service pour que la place soit libre, quittent les lieux les derniers après avoir remis les horloges à l'heure.

Pendant qu'ils se rendent au café de Bretagne où ce soir là il est prévu de fêter l'anniversaire d'un ami, Laurent Jacq, René Fauvel, Jean Le Bris, Léon Dolley, Pierre Germaine, l'équipe de Quimper, arrivent dans les bureaux pour l'opération de sabotage prévue.


L'équipe d'Ergué-Gabéric , dont le chef est François Balès, tue le cochon dans la ferme de Pennarun ce jour-là. François Balès et Jean Le Corre, les amis de toujours, ne quitteront la ferme que le temps d'aller en voiture, sur les quais de l'Odet, Boulevard de Kerguélen, charger les sacs de pommes de terre dans lesquels on empile prestement les dossiers. Ils y retrouvent le groupe de Quimpérois ainsi que Pierre Le Moigne et Hervé Bénéat d'Ergué Gabéric. C'est le deuxième alibi.
Une providentielle coupure de courant à 18h37 plongera toute la ville dans l'obscurité et confortera l'alibi des « employés » du STO de l'équipe de Quimper.


Précaution de plus, une jeune femme surveille sur les quais que le chargement se passe bien. C'est Elisabeth Le Bris, la jeune épouse de Jean.


Dans la nuit du 14 au 15 janvier, de 9h du soir à 6h du matin, les 44 000 dossiers seront brûlés dans le four du jeune boulanger d'Ergué Gabéric, François Balès.


Le lundi matin, « les premiers employés du STO qui arrivent découvrent des bureaux complètement dévastés, il ne reste que les meubles. »*


Cet acte de Résistance par sa portée humaniste et fraternelle– toute la jeunesse du Finistère traquée par le régime de Vichy et l'occupant reprend souffle et espoir en ce difficile hiver 1944 - par son audace, par son intelligence, par la perfection de sa coordination, est exceptionnel. Cet acte est unique en France. Et quelle jeunesse! Quelle magnifique confiance dans l'avenir.

Quel magnifique message d'espoir!
Il traverse le temps et nous frappe de sa lumière.


Le prix de ce courage sera terrible. Sans preuve, sans aveu malgré les tortures, sept furent déportés. Seuls survivants,
Jean Le Bris de l'équipe de Quimper et Jean Le Corre de l'équipe d'Ergué-Gabéric, peuvent, aujourd'hui, témoigner de ce haut-fait.


Les douze membres de ce haut fait de Résistance sont :

Laurent Jacq, Antoine Le Bris, Louis Kernéis, René Fauvel, Hervé Bénéat, morts en déportation ;
François Balès, mort en combattant pour la Libération du Finistère ;
Jean Le Bris et Jean Le Corre, déportés et revenus des camps ;
Jeannette Cras, Léon Dollet, Pierre Germaine et Pierre Le Moigne qui échappent à la déportation.


Anne Friant, présidente départementale des Résistants et Amis de la Résistance-ANACR-
Texte rédigé en accord avec Jean Le Bris et Jean Le Corre.

Note: Jean Le Corre a publié un livre chez Arkaé, cahiers d'Arkae no 2, « Récit d'un résistant déporté»
*Texte de Monsieur Jean Le Bris, extrait du livre de souvenirs qu'il rédige en 2010.




ANACR-PÔLE JEAN-MOULIN-AMICALE de NEUENGAMME


HOMMAGE aux 12 HEROÏQUES JEUNES RESISTANTS

auteurs du « COUP DU STO » le 14 janvier 1944 à Quimper

Il fera du Finistère le Premier Département Réfractaire de France.


Que les noms de ces jeunes héros, de ces citoyens exemplaires, ne soient pas oubliés.

Ils appartiennent à jamais à la seule aristocratie de ce terrible XX ème siècle, celle des Résistants.

Laurent Jacq ( capitaine Guézennec) né le 26 janvier 1920. Chef de la région du Sud Finistère. Armée secrète de Libé Nord, comme tous, sauf Louis Kernéis. Déporté. Mort en déportation. Il était marié et avait deux enfants.

Trois rédacteurs au STO:

Antoine Le Bris ( Laou) né le 3 novembre 1920. Son adjoint. Désigné comme chef militaire de Quimper. Déporté. Mort en déportation.

Jeannette Cras, membre de Libé Nord, a commencé seule le sabotage, de l'intérieur. Arrêtée, elle fut remise en liberté et repris au STO sa mission de sabotage.
Louis Kernéis, Loulou, né le 15 novembre 1921. Il appartient aux FTPF et assume les liaisons entre les deux formations de résistance. Déporté. Mort à Bergen Belsen

L'équipe est complétée par:
René Fauvel ( Rhun) né le 8 décembre 1919. Il est employé à la préfecture. Adjoint d'Antoine pour Quimper. Déporté. Mort en déportation.

Jean Le Bris (Le Piqueur), frère d'Antoine. Volontaire missions spéciales, il est son adjoint pour Quimper. Commis d'architecte. Déporté. Il reviendra des camps et retrouvera son épouse Elisabeth et son enfant.

Léon Dolley, employé au Génie Rural. Echappe à l'arrestation. Continue son action de Résistance. Sera arrêté et emprisonné. Libéré lors de la débâcle allemande.
Pierre Germaine, employé au garage Peugeot qui jouxte le STO. Echappe à l'arrestation. Prend le maquis et participe aux combats de la Libération.

De l'équipe d'Ergué Gabéric:

François Balès, Fanch, né le 25 mars 1921, adjoint d'Antoine Le Bris pour l'Est Quimpérois, est le boulanger d'Ergué Gabéric. C'est lui qui dispose d'un véhicule. Il échappe à l'arrestation, prend le maquis. Mort au cours des combats de la libération. ( Ménez Hom)
Hervé Bénéat, instituteur stagiaire. Déporté. Mort en déportation à la veille de la libération
Jean Le Corre, footballeur connu du Stade Quimpérois. Employé à la direction des Services Agricoles. Déporté. Il reviendra des camps.
Pierre Le Moigne, mécanicien au garage Peugeot. Echappe à l'arrestation, prend le maquis et participe combats de la libération.

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