PAPERON Charles
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L'incroyable résistance de Charles Paperon
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Aude KERDRAON.
À 88 ans, l'homme est habité d'un esprit fort et indépendant. Son destin l'a amené à lutter contre le nazisme, à garder la tête froide lors de la guerre d'Algérie avant d'aboutir à Brest et commencer un autre combat.
Portrait
L'homme est d'une élégance naturelle qui inspire le respect, tout comme son tempérament bien trempé. Charles Paperon, du haut de ses 88 ans, n'a jamais eu peur de défendre ses idées et de dire ce qu'il pense.
« En 2010, j'ai refusé le diplôme d'honneur de Sarkozy qui était distribué à tous les combattants ! Même aux Vichystes ! », s'exclame l'ancien résistant, à la fois indigné de cette situation et amusé du mauvais tour qu'il venait de jouer.

Premiers combats

Charles naît le 30
janvier 1926 en Allemagne. Quelques années plus tard, la famille décide de s'installer à Alger d'où est originaire son père. « Imaginez papa de religion juive, arrivant avec deux enfants baptisés catholiques, une femme allemande qui parlait à peine le français », se souvient-il les larmes aux yeux. Même si ses parents cachaient alors leurs états d'âme, Charles sentait bien « que l'accueil n'était pas chaleureux ».

Et puis, son enfance en Algérie aura été volée par la guerre. Dès 1940, Charles prend conscience de la barbarie nazie et tente d'entrer dans les forces de la France Libre. Mais trop jeune, les portes restent closes. Têtu, il parvient à 16 ans à s'engager dans la Résistance et à rejoindre la France Libre. Son père aurait pu le retenir comme il n'était pas majeur, mais il n'en a rien fait. Il connaissait bien son fils et
« il avait compris que cela n'aurait servi à rien ».

Arrive le départ pour l'Italie et ses premiers combats.
« Nous étions une bande de jeunes, inconscients. On chassait les horreurs de la guerre en s'amusant et en rigolant », murmure-t-il les yeux rieurs, des souvenirs plein la tête. En août 44, le jeune soldat participe au débarquement de Provence. Avec ses amis, il remonte jusque dans les Vosges, où il sera fait prisonnier avant d'être libéré par les Américains. « J'étais à Paris le 8 mai 1945. Les filles nous sautaient au cou, nous embrassaient, c'était inimaginable », dit-il d'un air malicieux.

La guerre terminée, Charles s'installe à Marseille. Pendant deux ans, il va travailler dans le tourisme avant de retourner en Algérie.
« Ma mère voulait que je revienne près d'elle. Et j'avais un peu le mal du pays. » Il travaille alors avec son père, agent de fabrique de bonneterie et rencontre Suzanne, qui deviendra son épouse.

Condamné à mort par l'OAS

Mais leur bonheur est contrarié par la guerre d'Algérie. En 1962, le coeur meurtri, la famille doit tout quitter en cachette.
« J'étais condamné à mort par l'OAS (Organisation de l'armée secrète). Je n'étais pas pour une Algérie française telle qu'elle existait. Pour autant je n'étais pas non plus pro-FLN (Front de libération nationale). J'étais donc un homme à liquider », explique Charles, qui pensait alors qu'il existait une voie pour bâtir une Algérie fraternelle et égalitaire.

Dès l'indépendance, il retourne à Alger et créé le concurrent d'Havas.
« J'ai fondé avec Michel Deque, que j'ai connu dans la France Libre, l'Agence nationale d'éditions de publicité. » Mais, le sort s'acharne sur lui et la rivalité entre Ben-Bella et Boumedienne, oblige la famille à quitter définitivement l'Algérie.

Toujours résistant

Après une dizaine d'année en région parisienne, Charles ouvre l'agence Horizon 2000 à Brest.
« Mon beau-frère m'avait dit que le réseau d'agences de voyages sur Brest n'était pas très important. » Mais, comme son besoin de défendre des causes est toujours aussi fort, il devient président régional des Éclaireurs de France, rejoint Handicap international, participe à de nombreux forums de la Résistance dans les collèges, devient membre actif à SOS-Amitié...

Aujourd'hui, même si le vieil homme a levé le pied, il poursuit avec passion le combat avec l'association « Citoyens résistants d'hier et d'aujourd'hui », lutte contre la finance internationale... Pour lui, la Résistance
« est un état d'esprit et un flambeau à maintenir allumé ! ».